En 2012, l’OTAN se préparait à retirer ses forces d’Afghanistan et certains s'interrogeaient sur la raison d'être de l'Alliance. Le commandement suprême de la Transformation de l’Alliance Atlantique (Allied command Transformation : ACT), confié depuis 2009 à un officier général français, a alors engagé une revue de la stratégie militaire à long terme de l’OTAN en vue d’améliorer encore le processus de développement des capacités alliées ainsi que l’adaptation de la préparation opérationnelle des forces.

Cette démarche a permis d’apporter des réponses aux nouveaux défis tels que la résurgence des conflits interétatiques en Europe, l’émergence de nouveaux adversaires et enfin la contestation de la suprématie technologique de l’Alliance. Ainsi, la Transformation permet à l’OTAN de garder sa prééminence et de faire face à ces challenges tout en conservant sa raison d’être, le maintien de la paix et la stabilité dans la zone Euro-Atlantique.

De plus en plus d’acteurs, étatiques ou non, ne se sentent pas ou peu contraints par les lois internationales. Leur nombre, en constante progression, présente un aspect d’autant plus dangereux que le risque qu’ils conjuguent leurs efforts est important. Nos nouveaux adversaires, toujours plus versatiles et innovants, pourraient aussi augmenter leurs capacités à générer des crises multiples et simultanées, mettant à l’épreuve la capacité de résilience des pays de l’Alliance.

Voilà sans doute le futur environnement opérationnel, dans lequel l’ennemi, quelle que soit sa forme, chercherait à imposer des coûts humains, matériels et financiers toujours plus élevés pour nos nations. En gardant une perspective globale et en prenant en compte l’interaction des crises, la Transformation permet de répondre plus efficacement à ces nouveaux défis.

Enfin, la suprématie technologique des forces de l’OTAN est plus que jamais remise en cause, alors qu’elle a historiquement constitué un pilier de la crédibilité militaire de l’Alliance. Les zones de déploiement opérationnel seront de plus en plus contestées. De nombreux Etats développent des systèmes de défense combinés anti aériens, anti navires, anti sous-marins ou balistiques, dont le but est d’interdire l’accès à certains milieux. Toutes ces armes peuvent menacer nos lignes de communication ou d’approvisionnement énergétique ou logistique voire empêcher les forces de l’Alliance d’accéder à leurs zones d’opérations. Les défis sont les mêmes dans le domaine cyber dont sont dépendants, à la fois, la vie de nos concitoyens, l’efficacité et la protection de nos troupes,

Face à ces menaces persistantes, la réponse de l’Alliance doit donc, tout d’abord, être collective et montrer suffisamment de cohésion pour mettre en place des solutions communes, comme l’entraînement des forces, les doctrines d’emploi ou l’organisation d’exercices de grande ampleur, réalistes et exigeants. Ces nouvelles perspectives stratégiques demandent en outre une approche rénovée des interactions entre l’OTAN et ses partenaires, parmi lesquels, en premier lieu, l’Union Européenne.

Il n’y a donc pas d’alternative, l’Alliance doit poursuivre l’adaptation de ses capacités militaires, réduire ses lacunes tout en maintenant un haut niveau de préparation opérationnelle. C’est l’objectif de l’exercice Trident Juncture 2015. Se déroulant sur le flanc sud de l’Alliance, en Italie, en Espagne et au Portugal du 3 octobre au 6 novembre, cet exercice, qui est le plus ambitieux de l’Alliance depuis 2002, impliquera 36 000 militaires, 140 aéronefs et 60 bâtiments de guerre. Il s’agit là d’une démonstration concrète de l’aptitude de l’OTAN à répondre aux crises contemporaines, de la volonté des Alliés et de leurs partenaires de préparer ensemble leurs forces pour mieux prévenir les crises, dissuader nos adversaires et si nécessaire intervenir sans délais, ensemble.

Pour disposer des capacités militaires opportunes, en temps utile et sans compromettre la stabilité budgétaire de nos Etats, l’Alliance doit également être plus innovante, encourager la collaboration avec les milieux scientifiques et technologiques, l’industrie, les think tanks et les universités, pour, au final, faire la synthèse de tous les projets nationaux et multinationaux offrant de nouvelles solutions optimisées, soutenables et crédibles.

A ma suite, un nouveau général français se voit confier cette mission, des mains du secrétaire général de l’OTAN, Monsieur Jens Stoltenberg. Le général Denis Mercier était, jusqu’au 20 septembre, chef d’état-major de l’armée de l’air. Le défi est immense mais fondamental. Il est à l’image de l’investissement consenti par la France, en revenant en 2009 au sein des structures de commandement intégrées. En y envoyant un de ses officiers de plus haut rang, la France montre l’importance qu’elle attache à la préparation commune, avec ses alliés les plus proches, des guerres de demain. C’est le prix à payer pour que l’OTAN reste cet acteur clé de la stabilité et de la paix en Europe, comme elle l’a été depuis plus de 60 ans.

Le général français Jean-Paul Paloméros a quitté le 30 septembre ses fonctions de «Supreme Allied Commander Transformation» (SACT) de l’OTAN, après trois années passées à ce poste. Le général Denis Mercier, lui aussi ancien chef d’état-major de l’armée de l’air, lui succède à Norfolk (Etats-Unis).

 

 

barre27